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Les animaux sont de ma race.

Tom Regan rappelle que les animaux ont une vie au sens biographique et non seulement une vie biologique. Ils ne sont pas seulement « en » vie, mais ils ont « une » vie.

Ces dernières années, la pression de groupes militants animalistes se fait de plus en plussentir dans la société. L’exemple ayant eu le plus d’écho au Québec est sans doute celui de l’occupation de la ferme Porgreg à Saint-Hyacinthe. Le 7 décembre 2019, 12 activistes du groupe Direct Action Everywhere s’introduisent dans une porcherie pour filmer les conditions dans lesquelles sont élevés les animaux. Les activistes, accusés d’entrée par effraction, sont actuellement en attente d’un jugement à la suite d’un procès tenu en octobre dernier.

Le groupe cherchait à faire connaître au public les torts que subissent les animaux dans ces lieux : cochons mal en point et avec des abcès, nourriture souillée par les excréments, mortalités de cochonnets, etc. Depuis le changement du statut juridique des animaux introduit sous le gouvernement Couillard en 2015 grâce à la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, on aurait pu croire à des changements majeurs qui empêcheraient ce genre de choses de survenir. Or, ce n’est pas le cas. Que faudrait-il faire alors ? C’est précisément ce à quoi s’intéresse l’éthique animale depuis des décennies.

Les droits des animaux

Ce qui préoccupe les philosophes en éthique animale est de savoir quelles sont nos obligations morales envers les animaux. Les animaux ont-ils des droits ? Si oui, lesquels, et si non, pourquoi ? Pour répondre à cela, il nous faut revenir à la théorie des droits des animaux. En 1983, le philosophe américain Tom Regan (1938-2017) écrit The Case for Animal Rights (traduit en français par Les droits des animaux) en réponse à la théorie utilitariste de Peter Singer, incapable selon lui d’assurer des protections fortes aux animaux. Si Singer défendait déjà une éthique axée sur les intérêts des animaux, comme l’intérêt à ne pas souffrir et l’intérêt à vivre pour certains, c’est toutefois Regan qui ira au bout de cette logique. Dans son livre, il rédige une théorie originale en reprenant l’approche déontologique en éthique tout en s’opposant à l’idée kantienne selon laquelle nous n’avons aucun devoir direct envers les animaux, mais seulement envers les humains, car seuls les êtres rationnels seraient dignes de considération morale.

Pour Regan, au contraire, nous avons des devoirs directs envers eux. Nous devons les voir comme des individus à part entière, car ils sont les « sujets-d’une-vie ». Il écrit à ce propos : « Être le sujet-d’une-vie implique plus qu’être simplement en vie : les individus sont sujets-d’une-vie s’ils ont des croyances et des désirs ; une perception, une mémoire et un sens du futur, y compris de leur propre futur ; une vie émotionnelle ainsi que des sentiments de plaisir et de douleur ; des intérêts préférentiels et de bien-être ; l’aptitude à [entreprendre] une action à la poursuite de leurs désirs et de leurs buts ; une identité psychophysique au cours du temps ; et un bien-être individuel, au sens où la vie dont ils font l’expérience leur réussit bien ou mal, indépendamment logiquement de leur utilité pour les autres. »

Regan rappelle que les animaux ont une vie au sens biographique et non seulement une vie biologique. Ils ne sont pas seulement en vie, mais ils ont une vie.

De même, ils ne sont pas seulement dans le monde, mais conscients du monde, puisqu’ils en font l’expérience subjective vécue mentalement. Ce qui arrive leur importe, car ça leur arrive à eux. Chaque individu n’est pas quelque chose, mais quelqu’un. Derrière chaque être unique, il y a une histoire. Le philosophe dira aussi que les sujets-d’une-vie possèdent une valeur inhérente, c’est-à-dire que chaque individu existe pour son propre bien et non de façon instrumentale pour les finalités humaines. Tous les individus que nous pouvons désigner comme sujets-d’une-vie de conscience devraient être traités avec respect. Ne pas les traiter comme de simples ressources pour notre bénéfice devient alors une nécessité. C’est ce principe de respect qui le conduira à défendre l’idée que les animaux ont certains droits, notamment de ne pas être exploités et de ne pas être tués sans nécessité.

Torts et bénéfices

Dans son livre, Regan explique également les torts et les bénéfices que les animaux peuvent connaître. Les torts que nous pouvons leur causer prennent deux formes. Nous pouvons leur infliger des souffrances physiques (en leur coupant le bec ou la queue et en les entassant par milliers dans les élevages) et des souffrances psychologiques (en séparant les petits de leur mère et en les laissant dans la solitude). Nous pouvons également leur infliger des privations, comme de leur liberté (en les enfermant dans des cages puis en les attachant) ou même de leur vie (en les tuant pour nous nourrir, pour faire de la science ou pour le plaisir).

La souffrance n’est pas la seule question qui intéresse Regan. Pour lui, la mise à mort des animaux n’est pas une question secondaire, puisque les tuer implique certes de mettre fin à leur vie, mais aussi de les priver des bénéfices qu’ils pourraient en retirer et qui sont perdus, à jamais.

Ces bénéfices sont ces occasions de profiter de leur existence : que ce soit par le fait de bien manger et de boire, de socialiser, de jouer, de se baigner, de voler, de prendre des bains de sable, de s’accoupler, de prendre soin des petits, etc. Ces occasions diffèrent bien sûr selon les espèces et même selon les individus, mais elles peuvent se concrétiser si nous n’en privons pas les animaux. La mise à mort est donc vue comme un tort, une perte irréparable.

Il peut toutefois exister des exceptions, comme la légitime défense contre un humain ou un animal qui menace notre vie. Un autre exemple que donne Regan est celui d’un animal âgé et très malade que nous ne pouvons délivrer de la souffrance autrement que par l’euthanasie, c’est-à-dire en lui donnant une « bonne mort ». Dans ce cas précis, la mise à mort ne pose pas de problème, car nous respectons la préférence de l’animal de ne plus souffrir. Autrement, comme pour les droits de l’homme, la règle de ne pas tuer devrait s’appliquer universellement.

Objections et réponses

Plusieurs philosophes ont rétorqué que les animaux ne peuvent avoir de droits puisqu’ils ne peuvent respecter les nôtres. Regan rappela que plusieurs humains, comme les jeunes enfants et les personnes ayant un handicap mental sévère, ne le peuvent guère plus et nous ne les traitons pas comme de simples moyens. Selon lui, il nous faut distinguer les « agents moraux » des « patients moraux ». Les agents moraux sont les individus capables de réfléchir de façon éthique à leurs actions et de les réviser. Les patients moraux, au contraire, n’ont pas cette aptitude puisqu’ils ne comprennent pas les termes de la morale. Cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas de droits. Les agents moraux ont des devoirs directs envers ces derniers, pouvant connaître des torts impliquant le respect de leurs droits, que ce soit des enfants, des personnes handicapées ou des animaux.

Une autre objection récurrente est que les animaux ne sont pas conscients ; ils ne peuvent donc pas subir un tort moral. Cette croyance plutôt contre-intuitive est discréditée par les récentes recherches scientifiques qui nous permettent de préciser la portée de cette théorie. La Déclaration de Cambridge sur la conscience de 2012 reconnaît que tous les animaux vertébrés sont dotés de conscience. Nous savons donc que non seulement les mammifères et les oiseaux sont conscients, mais aussi les amphibiens, les reptiles, les poissons et même certains invertébrés, comme les pieuvres. Nous pouvons dire qu’ils sont sujets-d’une-vie, ce qui suffit à leur accorder des droits selon la théorie de Regan. Bien que nous ignorions exactement où tracer la ligne dans le règne animal, cela ne nous empêche guère d’accorder des droits aux animaux que nous identifions déjà comme sujets-d’une-vie.

Un nouvel abolitionnisme

Selon la théorie de Regan, la défense des droits des animaux est une obligation morale. Pour le philosophe, il ne s’agit pas de réformer l’exploitation animale en recourant à de meilleures techniques d’élevage et d’abattage, mais bien d’abolir l’exploitation animale institutionnalisée. Les animaux n’étant plus vus comme des ressources, leur commerce devrait être interdit. Comme l’écrit Regan, « il est impossible de changer des institutions injustes en se contentant de les améliorer ». Ce ne sont pas les détails qui posent problème, c’est le système qui considère les animaux comme des êtres inférieurs dont on peut disposer à notre guise. Pour faire un parallèle, du point de vue de l’histoire longue de l’humanité, pensons au fait que la remise en cause de l’esclavage et du sexisme n’est apparue que récemment. Les mœurs ne sont donc pas figées, elles évoluent. Peut-être bien que les prochaines générations jugeront les nôtres intolérables.

Nos sociétés occultent les problèmes profonds que posent les abattoirs, la chasse, la pêche, l’expérimentation animale ou les zoos. S’élevant contre cette indifférence, Regan a le mérite d’avoir posé les fondations philosophiques d’une théorie des droits prônant une éthique de non-violence universelle.

Avant tout symbolique, la loi de 2015 demeure insuffisante pour assurer le respect des droits des animaux. Il faut aller plus loin et bâtir un mouvement abolitionniste comme tentent de le faire les activistes qui pénètrent illégalement dans les élevages et les abattoirs afin de nous mettre face au sort que nous infligeons aux animaux. Bien que l’histoire de nos relations avec les animaux ne nous invite guère à l’optimisme, on peut espérer qu’un jour la morale transcendera la barrière de l’espèce humaine. L’avenir est ouvert : il nous revient de définir ce qu’il sera.

Frédérick Fortier (LEDEVOIR.com)

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Comprendre la vystopie: Petite excursion dans l’esprit d’un(e) antispéciste.

La « vystopie » est un mot inventé par Claire Mann, psychologue végane. C’est la « crise existentielle vécue par les véganes, née de la […] prise de conscience de la cupidité, de l’exploitation animale omniprésente et du spécisme dans une dystopie moderne. » La vystopie est un sentiment réel, persistant et dont il faut parler. Ce n’est pas le symptôme d’un trouble mental ou d’une hypersensibilité, c’est plutôt une réaction humaine normale et nécessaire devant la réalisation de l’énormité de la cruauté envers les animaux non-humains. Je n’aurais jamais pu comprendre la vystopie avant de la vivre réellement. Lorsque j’étais omnivore et même végétarienne, je n’avais pas les outils pour comprendre ce qu’est vraiment la vystopie, je la considérais comme un excès de sensibilité irrationnelle. Voilà pourquoi j’ai créé la mise en situation suivante : imaginez-vous dans cette situation, et vous comprendrai une grande partie de ce que les véganes vivent continuellement.

Imaginez que vous vivez au sud des États-Unis au début des années 1800. Vous avez grandi dans une famille blanche, qui possède des champs de coton depuis des générations et des générations. Depuis que vous êtes tout petit, on vous apprend que pour faire fonctionner l’entreprise familiale, il faut posséder des esclaves noirs. Toute votre famille vous transmet ses valeurs : vous apprenez que les noirs sont moins intelligents que les blancs, qu’ils sont inférieurs. On vous dit que les blancs donnent aux esclaves la meilleure vie possible, car après tout, c’est un honneur pour eux que de servir ceux qui ont bâti le plus grand et respectable pays. Vous apprenez que l’État dans lequel vous grandissez a des lois qui font en sorte que les esclaves «appartiennent» à leur propriétaire et que les droits humains ne s’appliquent pas aux noirs, ce sont des sous-humains. Tout le monde pense ainsi : toute votre famille, vos voisins, les politiciens, vos amis, vos professeurs, les médecins, les personnes influentes. Vous grandissez en croyant à tout cela, comment pourriez-vous faire autrement? Ce sont des valeurs que vos parents vous ont inculquées depuis votre plus jeune âge. Vous n’avez jamais entendu de discours différent de celui de votre communauté. Vos parents sont des gens bons, des personnes aimantes et intelligentes, vous leur faites confiance, tout comme vous faites confiance à ceux qui dirigent l’État. Tous ceux autour de vous ne veulent que le meilleur pour les autres, vous en êtes persuadé.

Un jour, un événement fait en sorte que vous questionnez tout le système hiérarchique dans lequel vous vivez. Vous réalisez que les gens noirs ne sont pas moins intelligents ni moins respectables que les blancs. Ils souffrent de l’injustice, comme les blancs souffriraient s’ils étaient à leur place. Ils ont les mêmes capacités physiques, intellectuelles, émotives que les blancs. Tout ce qui les distingue est leur couleur de peau, et vous réalisez que ce n’est pas un critère moralement pertinent. Ça vous frappe de plein fouet. Tout ce que vous connaissiez devient faux. Vous réalisez qu’on vous a menti, et que tout ce que vous teniez comme vérité n’est basé que sur une croyance injuste, et non sur des faits. Votre réalité s’effondre.  

Vous bouillez d’impatience à partager ce que vous avez découvert avec votre entourage. Les membres de votre famille, quand vous les mettrez au courant de tout ce que vous avez compris, vont enfin comprendre la vérité. Vous savez qu’ils seront reconnaissants de leur avoir ouvert les yeux et qu’ils se joindront à vous pour dénoncer cette injustice. Alors confiant, vous racontez à votre famille tout ce que vous avez appris. Mais ils ne réagissent pas comme vous l’aviez prévu. Ils vous disent que vous avez subi un lavage de cerveau de la part des extrémistes. Que se préoccuper des droits civils des noirs, c’est de la sensiblerie. Que les noirs ont un toit pour dormir et de la nourriture sur leur table, qu’ils ne sont pas maltraités par leurs propriétaires, alors il n’y a pas de quoi faire un drame. On vous dit : « De toute façon, on a toujours fait comme ça! Les champs de coton sont un héritage familial, de quel droit oses-tu critiquer les traditions ancestrales? C’est comme ça qu’on a toujours fait, et ça continuera. Mieux vaut que tu t’habitues et que tu t’endurcisses. »

Vous vous attendiez à ce que vos parents bienveillants comprennent… Quelle déception et frustration vous éprouvez, quand au lieu de tout ça, ils se mettent à justifier l’oppression. Vous répétez le processus avec vos amis les plus proches. Eux, au moins, sont plus jeunes et plus ouverts d’esprits, ils comprendront. Les amis que vous connaissez depuis l’enfance, ceux en qui vous avez confiance et que vous voyez comme des personnes de cœur, réagissent de la même exacte façon que votre famille. Ils justifient l’injustice et l’esclavage, ils vous ridiculisent et vous rabaissent. Certains vous disent que vos propos sont injurieux, que vous ne respectez pas ceux qui travaillent dur pour faire continuer leur industrie, que vous devriez vous taire et respecter les blancs qui choisissent d’avoir des esclaves. On vous dit que vous êtes devenus intolérants et extrême. Vous n’en croyez pas vos oreilles, c’est l’injustice qui est extrême, et non le fait de se battre contre elle! Mais dans un monde où l’injustice est normalisée, la justice semble extrême.

Les personnes en qui vous aviez confiance, réagissent de la façon contraire à ce que vous aviez espéré : comment ces gens aimants et généreux ne voient-ils pas l’injustice derrière l’esclavage? Et pire, comment peuvent-ils la défendre?  

Vous savez qu’ils ont été conditionnés par la société, par leur éducation et par l’État, mais comment ne pas les voir comme des personnes égoïstes, qui ne réfléchissent pas par eux-mêmes, et qui justifient l’injustifiable? Vous vous rappelez que ce sont des bonnes personnes, et qu’elles sont victimes du conditionnement sociétaire. Mais vous avez l’impression que le monde autour de vous a changé. L’État, qui devrait protéger chaque être humain et assurer la paix, se base ses lois sur des principes horriblement injustes. Les plus grands dirigeants, en qui vous aviez confiance, prônent la discrimination plutôt que la non-violence. Les gens autour de vous, que vous croyiez bienveillants et ouverts d’esprits, s’accrochent à des valeurs racistes et refusent de voir un autre point de vue. Le monde que vous croyiez être rempli de possibilités et de beaux moments à saisir, avec ses hauts et ses bas, mais rempli d’amour et de fraternité… ce monde est maintenant un monde de discrimination et de terreur. Et tous les jours, plusieurs fois par jour, des éléments vous ramènent à cette réalité : quand vous voyez les vêtements de coton des passants, quand vos professeurs à l’université parlent de l’importance de l’esclavage pour l’économie du pays, quand vos amis parlent de l’agrandissement des champs de leurs parents et de «leurs» nouveaux esclaves. Cela devient impossible pour vous d’échapper à cette nouvelle réalité qui vous révolte.

Parfois, vous aimeriez que tout revienne comme avant. Du temps où vous n’étiez pas conscient de l’injustice. Avant, vous voyiez le monde avec des lunettes roses : votre entourage, votre pays, et vous-mêmes, vous faisiez les meilleurs choix possibles pour vous et pour les autres, tout allait de soi, et vous viviez en harmonie avec les valeurs de vos proches. Maintenant, vous ne voyez que violence et injustice, et vous vous sentez éloignés de vos proches, comment retrouver cette proximité spirituelle avec eux, alors que vos valeurs vous semblent si différentes? Vous aimeriez retrouver ce confort social que vous procurait l’ignorance. Mais cette pensée vous donne honte, vous savez que c’est mieux d’être conscient de l’injustice, et vous vous dites que votre souffrance ne sera jamais pire que celle des personnes opprimées. Alors vous continuez à vivre dans un monde dystopique, en essayant d’inspirer les autres à ouvrir leurs yeux et à comprendre la vérité. Vous rêvez qu’un jour, le monde comprenne enfin et que les humains arrivent à se demander : « Comment est-ce possible qu’avant, cela était normal? ».

Comment vous sentez-vous, après avoir lu cette mise en situation? Ces sentiments que l’on éprouve en découvrant l’injustice, et surtout en étant confronté au déni des autres devant l’injustice, sont des sentiments que vivent quotidiennement les personnes devenues véganes pour l’éthique animale. Depuis notre plus jeune âge, on nous apprend que les animaux sont des ressources : nous pouvons les manger, les emprisonner, les utiliser pour faire des tests, les tuer pour se vêtir de leur fourrure, voler leurs petits, leur lait, leurs œufs, leur miel, et les considérer comme des propriétés. On apprend que c’est normal, naturel et nécessaire de consommer la chaire des animaux, que c’est «le cycle de la nature». On apprend que la vie d’un animal est nettement moins importante que la vie humaine, et que cela justifie l’exploitation des animaux non-humains. Les véganes ont connu un événement déclencheur où ils ont remis en question cette nécessité de tuer et exploiter les animaux : ils ont ensuite appris qu’il est possible d’être en excellente santé sans consommer d’animaux ni leurs sécrétions, et ont donc réalisé que les humains ont le choix entre tuer ou non. La plupart des humains seraient d’accord pour dire qu’il est immoral de faire souffrir ou de tuer pour des raisons non nécessaires. Et c’est justement le principe du véganisme : nous n’avons pas à exploiter, utiliser et tuer les animaux, alors rien ne justifie que nous le fassions. On réalise que ce qu’on croyait être la vérité est en fait le résultat d’un conditionnement sociétaire. Et lorsque cette prise de conscience s’effectue, on comprend que la société entière banalise la souffrance animale : des milliers d’animaux meurent chaque jour pour un aliment non essentiel, et cela semble parfaitement normal pour la majorité de la population. On se heurte à la résistance des gens de notre entourage, qui préfèrent rester dans le déni et utiliser plusieurs excuses irrationnelles pour justifier leur consommation de chaire animale. Bref, en devenant végane, on devient conscient de la souffrance animale qui est banalisée, et on se le fait rappeler chaque jour par la viande, le lait et les œufs dans l’assiette de nos congénères, par les restaurants, les annonces, la législation, les émissions de cuisine…. On devient conscient d’une réalité qu’avant on ignorait, et notre perception du monde change complètement.

*Parenthèse : le but de cette mise en situation n’est pas de faire un parallèle entre l’exploitation animale et l’exploitation humaine. Le but est plutôt de créer une mise en situation où on peut s’identifier et reconnaître les sentiments éprouvés par quelqu’un souffrant de vystopie.  Mais il existe en effet des points communs dans les idéologies discriminatoires que sont le spécisme et le racisme. D’ailleurs, certains seront peut-être choqués en lisant ce parallèle : comment peut-on comparer l’oppression humaine et l’oppression animale? Si vous vous reconnaissez, je vous invite à lire mon article sur le spécisme, qui explique pourquoi il s’agit d’une idéologie discriminatoire au même titre que le sexisme ou le racisme.

En lisant ce texte, vous avez probablement compris les émotions que l’on peut vivre lorsque notre vision du monde change. Quand notre perception est modifiée, notre réalité l’est aussi. Et c’est pour cela que l’on peut se sentir seul, à l’écart, ou éloigné si notre perception n’est pas celle de notre entourage. Mais s’il y a une chose à retenir pour ceux qui ressentent la vystopie, la voici : Souvenons-nous que notre perception n’a pas toujours été telle qu’elle l’est maintenant, et que chaque personne a la possibilité de vivre ce changement de perception également. Restons bienveillants, tout en inspirant et en nous levant contre l’injustice.

Est-ce que la vystopie est un sentiment dont on peu se départir? Je ne crois pas, tant que l’exploitation animale sera normalisée. Mais il existe des façons de se servir de ce sentiment pour le transformer en force positive, pour devenir un agent de changement. Si vous désirez en savoir plus sur la vystopie, je vous recommande le livre de Claire Mann, Vystopia (seulement disponible en anglais pour l’instant). C’est un ouvrage qui met en lumière toutes les situations que la vystopie peut nous faire vivre, et il nous donne les outils pour arriver à en tirer le meilleur possible.

La vystopie peut nous faire sentir seuls, impuissants, déprimés. Mais nous savons que la cause pour laquelle nous nous battons est juste, et que l’injustice ne peut pas durer pour l’éternité. Le mouvement antispéciste gagne en ampleur de jour en jour, et ça ne fera que s’amplifier! Je terminerai cet article avec cette citation de Gandhi : « D’abord, ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous combattent, puis vous gagnez ».

Anne-Sophie Blouin (Tous Égaux)

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Déni sur le sujet de l'exploitation animale.

Bien que les formes de déni soient infinies, il y a principalement 2 formes de déni sur le sujet de l'exploitation animale:

1) C'est pas « comme ça » ici: ça c'est ailleurs, nous on est « gentils et différents » avec les animaux dans les élevages, transport, abattoirs, encans d'animaux, centres d'insémination et multiples autres situations d'exploitation animale.

2) C'est pas « comme ça » partout: ça ce sont des cas spécifiques qui ne représentent pas la norme de ce qui se passe ici.

Ces 2 formes de déni sont TRES dures à défaire car ça verse toujours dans la mauvaise foi, surtout la 2e, puisqu'on peut être dans l'éternelle mauvaise foi à propos de celle-là: il faudrait théoriquement avoir des caméras dans TOUTES les situations d'exploitation animale au Québec!!! C'est évidemment impossible, donc cette "excuse facile" est la porte de sortie de tous les gens qui cherchent à justifier l'exploitation animale.

Il y a d'autres formes de déni, comme le délire surréel des exploiteurs qui s'inventent des histoires hallucinantes pour contourner l'impasse morale évidente. Mais ces 2 formes-là sont TRES répandues et puissantes!

Une fois qu'on se débarrasse enfin de ces 2 formes de déni et des autres formes de déni, que reste-t-il? L'absence d'empathie, l'apathie, le "à quoi bonisme", l'injustice, la psychologie d'oppresseur: faire "aux autres" ce que je jugerais "impensable" de faire à mon chat, chien, etc... ou à moi-même...

Il reste ensuite l'infini et éternel "welfarisme" / "bien-être animal": les débats sur COMMENT exploiter des animaux: "pas ma faute que les animaux sont maltraités, moi je suis contre ça, mais que puis-je y faire? Il faudrait réformer tout ça." On tombe alors dans le déni encore une fois, car MEME dans les meilleurs cas imaginables et très irréalistes, il est immoral et injustifiable d'enlever la vie à un individu qui veut vivre quand ce n'est pas nécessaire: http://www.lechoixv.com/blog/quand-on-voit-lindividu

Les animaux sont innocents et sans défense. Ils ne sont coupables d'aucun crime, ne représentent pas une « menace » à la sécurité nationale, et ne font que subir sans fin des souffrances psychologiques et physiques que la majorité des gens sont incapables de regarder pour plus d'une minute.

Les humains sont plus puissants que les animaux. Certes. Une société qui justifie de causer souffrance et mort par sa supériorité de puissance est une société malade, immature et en grand besoin d'évolution.

En 2020 et à l'avenir, il n'est PAS nécessaire d'exploiter des animaux pour vivre, prospérer ou avoir du plaisir en tant qu'individus ou en tant que société.

Ce n'est pas un débat sur les "réformes". C'est l'abolition de l'exploitation et de la tuerie systématique et organisée que nous devons accomplir. POINT. Faisons de l'exploitation animale un mauvais souvenir. Soyons le peuple qui sera le leader du mouvement abolitionniste. Nous passerons à l'Histoire.

Le Choix V (Le Choix V - Facebook)

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Un Nouveau Monde.

Quand j’ai été mis au fait de l’asservissement et de la torture perpétré sur les animaux pour notre alimentation, nos vêtements, nos loisirs, nos divertissement (je n'étais pas encore au courant des tests pour les produits et des médicament), j’ai été horrifié. J’ai rapidement voulu faire connaître cette aberration à toute personne que je pouvais rejoindre, en expliquant que nous avions la possibilité de ne plus participer à cette cruauté, qui est complètement inutile, en simplement modifiant nos habitudes de consommation.

Mais voici : Non seulement nous participons au martyre des animaux, mais nous ne voulons même pas prendre cinq minutes pour en entendre parler: « Ce n’est pas le bon moment », « Ce n'est pas le bon endroit », « Nous mangeons ce que nous voulons. » sont nos premières paroles. Pas un seul mot ou froncement de sourcils démontrant la moindre empathie. On m’a même dit que nous étions tous coupables ou que je me pensais meilleur que les autres. Je parlais d'animaux brulés, mutilés, castré, écorchés, bouilli, broyé et tout cela à vif, et on me parlait d'alimentation ou de mon égo. J'étais douloureusement ébranlé.

Ensuite, j’ai mis des affiches sur les babillards où j’habite pour montrer la contradiction de ce genre de propos. Les babillards ont été retirés sous prétexte que je voulais imposer mes idées. Pendant le retrait des babillards, je pensais: « Comment peut-on être aveugle, ou cruel à ce point pour empêcher le partage d’informations qui propose de ne plus asservir et torturer les animaux? » C'était comme si le supplice animal se produisait devant moi.

En face de moi, se trouvait la petitesse (« J'aime le gout »), l'égoïsme (« Je mange ce que je veux »), la cruelle indiférence (« Je ne veux pas débatre avec toi ») et notre facilité à nous cacher ce que nous sommes réellement (« Je préfère ne pas y penser »). La censure m'était mesquinement imposée par des personnes incapables d’empathie (« Ne m'impose pas ton choix ») ni de logique sur ce sujet. Cela me fit terriblement mal pour les animaux. J’avais l’impression d’ouvrir les yeux sur un monde dont la laideur est la norme (« C'est un choix personnel »).

VA (veganimaliste.com)

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NON COUPABLE, VOTRE HONNEUR !

Non coupable votre honneur

Il y a de ces images qui nous marquent à jamais. Une de celle-là, une qui m’a profondément choquée est celle d’une truie gestante dans une cage si minuscule qu’elle ne pouvait même pas se retourner. Une cage si étroite que sa chair s’abîmait à son contact.

Jamais je n’oublierai ce regard, un regard vide, un regard de résignation à un sort qu’elle n’a pas choisi. J’ai vu les yeux de la souffrance et jamais je ne pourrai les chasser de ma mémoire.

Pourquoi certaines personnes peuvent passer devant ces êtres vivants et n’éprouver aucun malaise, ne ressentir aucun questionnement? Comment le genre humain peut-il en venir à être aussi peu sensible face à autant de malheur? Comment peuvent-ils se dissocier de cette souffrance alors qu’eux-mêmes en sont les requérants?

Pouvez-vous dormir sur vos deux oreilles?

À l’inverse, comment les êtres sensibles à ces souffrances, horrifiés à la vue d’images choquantes ou d’une truie plongée dans une tristesse sans nom, peuvent-ils dormir sur leurs deux oreilles sans culpabilité?

Lorsqu’on commande un burger à l’auto au restaurant rapide, on commande un meurtre! C’est aussi simple que ça!

Certains pourraient trouver grotesque l’association du mot « meurtre » et le fait de manger un morceau de chair animale mais pourtant, le fait est là. On nous présente des milliers de cadavres chaque jour dans les épiceries et on fait le CHOIX d’en mettre dans nos paniers. On encourage une industrie cruelle, terne, grise et sans pitié.

Commander un meurtre, n’est-ce pas un peu exagéré me direz-vous ?

Pour quelqu’un qui a compris la dynamique économique de la société et surtout l’aveuglement des consommateurs, la réponse est NON, ce n’est aucunement farfelu.

Qu’elle est donc la définition d’un meurtre?

N’est-ce pas le fait de tuer volontairement quelqu’un?

Ici le « quelqu’un » désigne un animal certes, mais pourquoi devrions-nous le classer à part? Il est un être vivant, un habitant de cette terre comme nous, qui a un cœur, des yeux, une bouche, une sensibilité, une capacité à ressentir des émotions et de la douleur… Est-il donc si différent de nous?

Prenons l’exemple d’une femme attirée par l’appât du gain qui voit en son fortuné de mari, une cible de choix. Elle  réfléchit à la situation et se dit que pour son bien-être personnel, afin de pouvoir voyager sans contrainte, afin de pouvoir se payer tout ce qu’elle a toujours voulu en compagnie de son amant, elle peut envisager l’assassinat de son mari. Le but est de s’enrichir en enlevant la vie de quelqu’un. Elle souhaite alors la mort d’autrui afin d’en retirer un bénéfice personnel. Ne voulant pas faire le « sale boulot » elle engage un tueur à gages qui, moyennant quelques billets, va lui remettre la tête de son mari sur un plateau et lui permettre de toucher le magot.

Croyez-vous que cette femme pourrait arriver devant un juge et plaider l’innocence? Prétendre, en cour :

« Monsieur le juge, je n’ai rien fait, c’est lui là-bas qui l’a tué, pas moi! »

Croyez-vous sincèrement que le juge cédera à cette affirmation incohérente? Bien sûr que non! Puisqu’ à l’origine, c’est lle qui est la cause du crime. C’est à SA DEMANDE que le crime a été commis. Si cette femme n’avait pas souhaité retirer quelque chose de sa victime, elle n’aurait pas commandé son meurtre et ce même homme serait donc toujours en vie. Il n’y aurait alors jamais eu de crime.

Voilà le parallèle, vous comprendrez  bien, avec les animaux. Lorsqu’une personne commande de façon toute à fait inoffensive un burger à la commande à l’auto, c’est Marco le bourreau qu’elle engage pour tuer un être vivant en vue d’en retirer un bénéfice personnel, dans ce cas-ci, un 10 minutes de plaisir gustatif.

L’hypocrisie humaine

L’ industrie de la viande existe car VOUS avez décidé qu’elle avait sa place dans ce monde. Je sais que vous êtes nés, comme moi, dans un monde construit par nos ancêtres. Mais parfois, remettre en cause les traditions, les idées préconçues, est une chose nécessaire.

Combien de gens s’exclament :

« Ça n’a pas de bon sens ce qu’ils font endurer aux animaux! »

Combien de gens peuvent s’abstenir de ce plaisir égoïste et CHOISIR de laisser la vie à ces êtres sans défense à défaut de profiter d’un 10 minutes de plaisir? Trop peu malheureusement.

On ne peut pas commander un meurtre et par la suite avoir pitié pour la victime. On peut réfléchir AVANT de le commander et se demander si cette souffrance à venir JUSTIFIE vraiment le bénéfice qu’on pourra en retirer.

Selon moi, celui qui a du sang dans la bouche est aussi coupable que celui qui en a sur les mains…

À méditer…

Annick (Éthique animale)

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DANS LE COULOIR DE LA MORT : TÉMOIGNAGE D'UNE EX-INSPECTRICE D'ABATTOIR.

Non coupable votre honneur

Cinq cents mises à mort à l’heure… Ici la mort n’a pas de fin, ni d’identité, elle n’a comme destination finale que notre propre faim. Pas de Fido, pas de Chouchou, de Mimi ou de Daisy… Mais plutôt un porc qui, encore conscient après la phase d’étourdissement ratée, nage dans un bassin d’eau bouillante destiné à lui enlever les soies pour échapper au trépas, un coup de barre de fer sur un petit veau qui n’a pas obéi parce qu’il savait très bien ce qui l’attendait, un porc au cou à moitié tranché, oublié dans un coin, attendant dans le silence de son sang qui ruisselle que la mort arrive enfin.  La machine tourne à bon train, elle rugit et dévore des êtres vivants à pleine bouche et les déchiquette de ses dents aiguës afin de produire des steaks pour remplir les comptoirs des épiceries et calmer notre appétit cruel et féroce. Du sang, des cris, des bêtes paniquées, sans espoir, condamnées, dépecées. Bienvenue en enfer.

J’ai rencontré Josée dans un restaurant près de chez elle afin de recueillir son témoignage pour mon article. Toute menue, elle cachait un passé qu’au premier coup d’œil on ne pouvait soupçonner. Elle a de la gueule, elle l’assume, ça lui a servi. Étant toutes deux végétariennes, nous commandons un carré aux dattes, entourées de clients dévorant candidement de la chair animale. Le discours de cette femme, sa réalité, juraient avec le bruit de l’entourage qui cautionnait de leur bouche la mort. Le contraste de deux visions de la vie totalement opposées était saisissant.

J’ai commencé à travailler comme inspectrice à l’Agence Canadienne des aliments (ACIA) il y a 31 ans. J’ai tout arrêté en 2011 lorsque j’ai touché le bas fond. À l’époque, j’étais divorcée, mère de deux enfants, j’avais besoin de sous comme tout le monde et on m’a offert ce poste. J’ai commencé dans l’industrie du porc. Mes tâches consistaient à cibler les animaux présentant des maladies, des handicaps, à évaluer les carcasses, à veiller et à ce que le « bien-être » animal soit respecté. Au début, tu sais, on arrive là, on veut seulement apprendre le travail par cœur, être efficace. Mais, au fil des jours, les images d’horreur commencent. Mon champ de vision s’élargit. Je remarque un manquement là, puis un autre et un autre. Chaque matin on se rend au travail la peur au ventre, se demandant quelle scène traumatisante on va encore devoir supporter. J’ai vu des scènes tirées tout droit d’un film d’horreur. Je ne peux même pas tout te raconter tellement certaines choses ne se racontent même pas. Si mes yeux pouvaient te montrer le film de ce que j’ai vu durant toutes ces années tu te demanderais comment c’est possible que je ne sois pas hospitalisée aujourd’hui.

Intriguée, je lui demande un peu plus de détails. Suis-je voyeuse? Peut-être. Est-ce légitime de vouloir lui demander d’ouvrir, le temps d’un entretien, une fenêtre sur un abattoir alors que jamais je n’aurais le courage de voir de mes propres yeux l’enfer de ce qui s’y déroule?

Ces endroits sont des lieux de tueries. Il ne faut pas oublier que ce sont des endroits où on abat, où on donne la mort à des êtres sans défense. Je me rappelle les innombrables cauchemars que j’ai fait le soir en rentrant du travail. J’ai vécu des années d’anxiété, de stress, de palpitations dans le cœur en raison de ce travail. La souffrance des bêtes jumelée à la mienne donnait un concentré de mal être à l’état brut. J’ai assisté à des choses, à des actes posés par des humains qui ne mériteraient même pas cette appellation.

Par exemple, un jour, je suis allée voir l’enclos dans lequel on entrepose les animaux qui attendent leur tour pour mourir. Il y avait ce porc, là, dans le coin, incapable de se déplacer parce qu’il avait deux pattes cassées. Il ne pouvait pas s’abreuver. Je suis allée vers lui, j’ai pris ma bouteille d’eau et je l’ai fait boire comme on ferait boire un petit enfant.

Jamais je n’oublierai son regard. Ses yeux ressemblaient étrangement à des yeux humains et semblaient me dire « Pourquoi moi? Pourquoi ça? Mais surtout, pourquoi te soucies tu de moi? »

Il n’avait pas de nom, pas de voix, il n’avait que des yeux. Ça m’a suffi. Jamais je n’oublierai ces deux petites billes posées sur moi. En raison de ma bonne action et parce que j’avais « osé » prendre en pitié cette bête, on m’a injuriée, on m’a crié dessus, je n’étais qu’une faible qui préférait les porcs aux humains. L’intimidation très présente dans ce genre d’endroit, paralyse les jambes et le cœur, les miennes autant que ceux de l’animal sur la chaîne d’abattage. Certains ouvriers sont respectueux avec les animaux, d’autres se servent d’eux pour se défouler. J’ai déjà entendu l’un d’eux banaliser la souffrance des bêtes en me disant:

« Les hommes ont tous les droits sur les animaux, comme les animaux ont tous les droits sur les pierres ». Cela en dit long sur l’indifférence des gens à l’égard des animaux.

Au fil de ma carrière j’ai assisté à des scènes quasi surréalistes. Lors d’arrivées à l’abattoir, j’ai vu un transporteur jeter un porc du 2ème étage d’un camion car il n’avançait pas assez vite. La pauvre bête… J’en ai vu un autre qui avait accroché un crochet après le nez d’un porc afin de le tirer par une chaîne hors du camion (heureusement je suis arrivée à temps). J’ai vu des cochons arriver avec les oreilles brunes, brûlées par le froid, des porcs arrivés morts de chaleur parce que le transporteur avait pris une longue pause déjeuner en les laissant dans le camion à plus de 30 degrés. Il arrive que certains cochons meurent d’une crise cardiaque lorsqu’ils sont déplacés vers l’abattoir puisqu’ils n’ont jamais bougés de leur vie, leur cœur ne tient pas.

Dans les usines d’abattage, j’ai vu des porcs mal saignés, le cou a moitié ouvert, qu’on empilait comme des poches de pommes de terre sans égard à leur souffrance. Leurs petites têtes se relevaient, n’attendant plus qu’un coup de grâce qui ne venait jamais.

J’ai vu des poulets encore vivants jetés dans une poubelle, d’autres à qui on avait enfoncé des boyaux d’arrosage dans le derrière en vue de les faire littéralement exploser d’eau. Et combien ai-je vu de petits veaux ou de porcs, assommés par des barres de fer ou des crochets simplement car l’ouvrier était impatient ce jour-là. Et s’il y a un veau encore conscient rendu à l’étape du dépeçage? Tant pis… La chaîne doit continuer, elle doit tuer massivement, rapidement sans perdre une minute. Une minute coûte trop cher. On ne peut pas arrêter la chaîne. Dans cette industrie, tout n’est que profit. L’argent avant l’empathie, l’argent avant l’humanité, l’argent avant le respect. Lorsqu’il m’est arrivé d’exiger l’arrêt de la production, on m’engueulait.

J’ai vécu des années d’intimidation dans ces lieux, du stress en permanence, mais si j’ai continué c’est parce que j’étais capable de dénoncer. J’ai eu des gens au travail avec moi qui m’ont beaucoup aidée. Si je ne les avais pas eu, je ne serais plus ici pour répondre à cette entrevue. Je suis allée en cour plusieurs fois, photos à l’appui, j’ai gagné toutes mes causes. Je suis restée au nom des animaux, pour les protéger et parce qu’un ouvrier renvoyé c’était l’un de moins sur les lieux. J’ai réussi à faire changer de petites choses qui, en s’additionnant, ont fait une différence. Par exemple, le parc de détention des animaux a été déplacé plus près des lieux de l’endroit de l’abattage afin d’éviter aux animaux mal en point d’avoir à marcher sur une trop longue distance ou encore, un employé a été ajouté à la table de saignée pour insensibiliser les bêtes manquées.

Tout n’est pas que noir, il y a des lois sévères au Canada, il y a de l’amélioration, des progressions dans les techniques d’abattage. On industrialise la souffrance afin de tuer de mieux en mieux. On améliore nos techniques de mise à mort. Mais, on est à côté de la traque! On ne progresse aucunement au niveau humain.

Tuer humainement c’est tuer quand même, non?! L’acte en soi reste le même. Le résultat reste aussi le même… Il faut que ça devienne viscéral, il faut que l’homme soit conscient de ce qu’il mange, que ce n’est pas un steak mais bien un être à qui on a pris la vie. Les conditions d’abattage, la douleur ou non ne doivent pas être les facteurs déterminants. Peu importe si l’animal a été élevé couché sur un Lazy boy avec de la musique classique jour et nuit, il reste que c’est de la cruauté. L’animal n’est au final qu’un signe de dollar, qu’une marchandise qu’on abat, qu’on va tuer avec plus ou moins de civilité. Tout ça pour donner un repas à un humain qui choisit l’indifférence. Il y aura toujours de la souffrance, toujours un travailleur quelque part qui commettra un impair lorsqu’on aura le dos tourné. Et ce, peu importe les lois en vigueur.

Je l’écoute me raconter son histoire, ce film d’horreur devrais-je dire et je me demande comment elle fait pour contenir cette colère. Comment fait-elle pour respecter encore l’homme en l’ayant vu capable des pires atrocités? 

Travailler dans ce genre d’endroit m’a isolée de l’être humain. L’humain me déçoit. Autant ceux qui se défoulent sur les animaux que ceux qui les consomment. Je suis profondément subjuguée par l’apathisme des hommes. Je ne comprends pas ça.

Je ne peux plus entendre la phrase « Mais que veux-tu qu’on fasse » ou « C’est la vie, c’est comme ça ».

Les gens ne sont pas égaux dans leurs convictions. On refuse la douleur pour un chien et un chat, on sauve un oiseau mais on mange un cochon. Pour moi, cet aveuglement n’a plus sa place. Tout le monde devrait visiter un abattoir, les gens DOIVENT ouvrir les yeux . Les animaux ne s’expriment pas. La vache de s’exprime pas, le cochon ne s’exprime pas, le poulet non plus. Ce n’est pas parce qu’ils n’auront pas reçu un coup de barre de fer sur le dos ou qu’ils n’auront pas poussé un cri qu’ils ne souffrent pas. J’ai vu leurs yeux, j’ai vu leur arrivée dans ces endroits. Ces êtres innocents qui n’ont pour la plupart jamais vu la lumière du jour, certains qui n’ont jamais même marché et qui se demandent ce qui leur arrive.

Oui ils souffrent. J’en suis convaincue. On ne peut plus le nier, on ne peut plus garder sa tête dans le sable.

Les gens ne veulent pas savoir. Les horreurs que j’ai vues n’intéressent malheureusement personne. Ils sont curieux mais, dès qu’on leur en dit trop, ils se referment. Savoir les empêcherait de garder leurs œillères sur les yeux. Savoir, remettrait en cause leurs habitudes et les gens ne veulent pas changer. J’ai vécu l’isolement, j’ai dû m’endormir le soir avec ces images que je gardais en moi sous prétexte que je ne pouvais pas déranger les gens dans leur quiétude. Je vis aussi beaucoup de culpabilité pas rapport à la mère que j’ai été.

J’avais une petite fille qui a compris très jeune le non-sens de manger les animaux. Je l’obligeais à manger son assiette remplie de viande le soir et elle allait la cacher dans sa garde-robe.

Si c’était à refaire, jamais je ne donnerais de la viande à mon enfant. J’ai enfin rangé mes œillères dans un tiroir que je ne compte plus ouvrir.

Une question me brûle les lèvres, est-ce son travail qui l’a fait devenir végétalienne? 

L’élément déclencheur a été la vue des carcasses de porcs. Je les voyais, éventrés, les intestins bleus qui tombent par terre, ça m’a dégoûtée. Mais ce qui m’a le plus ouvert les yeux c’est probablement lorsque j’allais voir les petits porcelets dans l’enclos ante mortem. Ils venaient vers moi comme l’auraient fait de petits chiens. Ils voulaient des caresses. Ces petites bêtes ne connaissaient pas le danger, elles étaient si innocentes! Je me suis dit que jamais je ne pourrais remanger ces animaux!

Au fil des années j’ai pu constater que les animaux ont des émotions. Ce n’est pas vrai que les animaux ne sont pas intelligents ni sensibles. J’ai murmuré des petits bruits à des poulets qui attendaient de se faire trancher la gorge, ma voix les réconfortait, ils fermaient les yeux et certains s’endormaient. Comme si le murmure d’une voix qui les considérait enfin les apaisait. J’ai vu des porcs répondre aux ordres des hommes comme s’ils étaient des chiens dressés. Ces animaux ne parlent pas, ne peuvent pas se défendre mais méritent notre respect. Ce respect commence dans notre assiette. Lorsqu’on y pense, c’est de la charognerie. On mange la mort tout simplement.

Je lui demandai alors: « Qu’est-ce qu’une personne qui a côtoyé la mort de milliers d’êtres vivants sans défense aurait à dire à un mangeur de viande. »

Il faut apprendre à respecter la vie. On mange de la viande par habitude? Pourquoi ne pas reconsidérer ses habitudes? Il faut commencer par accorder des droits aux animaux. Un être humain qui veut changer et commencer à regarder sa façon de se nourrir peut apprendre à substituer des repas de viande par des repas différents. Il faut partir à la découverte de nouvelles saveurs pour éviter des observations telles que « Tu me feras pas manger du tofu! » Pour changer, il faut s’informer, élargir sa vision et partir à la découverte plutôt que d’avoir peur de se sentir attaqué dans nos comportements.

Je rêve de susciter la curiosité du monde à d’autres façons de se nourrir. Choisir la santé c’est aussi créer un monde sans comportements violents. Toutes les lois du monde n’arriveront jamais à donner aux animaux ce à quoi ils ont droit : l’amour et la liberté. Pour changer ses habitudes alimentaires, il faut résister à l’indifférence et oser regarder, remettre en question.

Reconnaissons la réalité et changeons petit à petit nos habitudes de vie. Cessons d’avoir des excuses pour nous exempter des responsabilités qui nous incombent face à ce qui nous entoure. Si une personne ne veut pas arrêter complètement la viande, qu’elle diminue simplement. De la viande de temps en temps sans en faire une obligation sacrée. Si chacun réduit sa consommation de viande l’industrie perdra des sous et les abattoirs seront moins nombreux. Il ne faut pas oublier toutes les autres raisons de ne pas consommer les animaux: les gaz à effets de serres, la pollution, la santé. La souffrance est omniprésente à tous les niveaux dans cette industrie. Le consommateur peut souffrir de son steak, le travailleur souffre dans un abattoir, l’animal souffre tout au long de sa vie… personne n’est gagnant. Tout est une question de profit, le fameux signe de $. Il faut que les choses changent, qu’on arrête ce cycle de souffrance qui n’existe qu’au nom de l’argent. L’abattage c’est dépassé, tout simplement car ce n’est pas humain.

Nous détruisons pour nous nourrir et nous nous détruisons à nous nourrir!

Le mot de la fin…

Ainsi se termine cette entrevue riche en émotions. J’admire cette femme qui a été au front, qui a vu les pires horreurs qu’un humain puisse avoir sous les yeux. Ces yeux embués de larmes presque soulagés de m’avoir permis de coucher sur papier les horreurs qui hantent son passé, un  peu comme si on ouvrait la cage d’un animal prisonnier qui cherche à trouver un peu de réconfort dans la liberté. Elle devra vivre toute sa vie avec ces images en tête mais elle en sort grandie, car maintenant elle n’encourage plus cette souffrance, elle ne la cautionne plus, elle la condamne.

Je mange ma dernière bouchée de carré aux dattes en pensant aux yeux du petit cochon qui demandait « Pourquoi te soucies-tu de moi? »

J’ai envie de lui répondre à cet instant : Simplement car tu es un être vivant toi aussi…

Annick (Éthique animale)

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Le Véganisme, un Impératif Morale.

Les animaux sont des êtres intelligents dont chaque individu a sa propre personnalité, son caractère. Ils sont capables de reconnaitre leurs congénères (leurs amis, leurs ennemis) et les individus des autres espèces dont les humains. Ils ressentent la joie, la tristesse, la peur et la douleur psychologique et physique. Ils ont beau « crier », se tordre de douleur, essayer de s’échapper, trembler, être malade, épuisés, déformés, crevassés, etc., nous restons sourds et aveugles devant leur détresse et leur souffrances extrêmes. C’est peut-être parce que toutes les atrocités qu’ils subissent nous sont cachées.

Tant que les animaux seront considérés comme des produits de consommation, des objets, des machines ou des cobayes, ils seront confinés, manipulés génétiquement, mutilés, malades, terrorisés, torturés et tués.

Il est urgent de s’informer pour connaître la vérité sur toutes les formes de souffrances et de tortures que les bêtes subissent à cause de nous et pour nous, les animaux humains. Il faut être conscient que nous n’avons pas besoin de produits animaliers pour quoi que ce soit.

Le véganisme est un impératif moral, pas un simple choix personnel. Il faut refuser toutes les formes d’abus et tout le temps. Accepteriez-vous qu’un abuseur d'enfant(s) vous dise qu’il va réduire graduellement la fréquence de ses agressions ou ne les commettre qu’une journée par semaine ?

Toute la gamme des souffrances animales ne se retrouve pas forcément dans tous les types de production ou d’élevage, cependant, aucun n’en est complètement exempt. Dans plus de 99 % des cas, les morceaux de cadavre, les produits laitiers et les oeufs que nous mangeons viennent d’animaux qui ont vécu d’atroces sévices.

Ne pas payer pour faire abuser ou tuer un animal n’empêche en rien d’aider les humains ou d’embrasser d’autres causes. D’ailleurs dans un monde entièrement végane, il y aurait de la nourriture pour tout le monde (Il faut une très grand quantité d’aliments pour nourrir les animaux d’élevage).

Sachant que torturer et tuer des animaux est un crime des plus cruel, il est donc normal, voire urgent, de faire connaître cette réalité à notre entourage. Si c’était vous ou vos proches qu’on abusait, violait ou torturait, seriez-vous toujours capable de rester calme ou de juste donner l’exemple d’un mode vie empathique ?

VA (veganimaliste.com)

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